Bulletin 111, April 2001

Editorial

Un virage perceptible

Le vendredi 18 mai, nos cœurs et nos esprits seront à la fête, car les 40 ans de notre Association méritent d'être célébrés dignement. J'aurai ce jour-là l'occasion de remercier les fondateurs de l'ASRO pour leur remarquable travail de pionnier, de visionnaire. Les plus jeunes seront également à l'honneur lors de la remise des prix ASRO des meilleurs diplôme et thèse de doctorat. Je tiens d'ailleurs à relever que les jurys qui se sont réunis pour désigner les lauréats de ces prix n'ont pas eu la tâche facile car les candidatures furent nombreuses et d'une exceptionnelle qualité. Nous avons là un formidable témoin qu'une nouvelle génération de chercheurs opérationnels est, semble-t-il, prête à prendre le relais des pionniers. Ainsi, à première vue, notre Association poursuit son développement avec sérénité, dans la voie tracée par ses membres fondateurs. Pourtant, sans vouloir tenir un discours alarmiste, je pense que la réalité n'est peut-être pas aussi rose qu'elle en a l'air. Une analyse plus approfondie de la situation actuelle suscite en moi quelques craintes que j'aimerais évoquer dans cet éditorial.

Les chercheurs opérationnels travaillant dans l'industrie sont de toute évidence remarquablement bien intégrés et font preuve d'une grande efficacité. Leur travail n'est pourtant que rarement considéré comme de la RO. Ne parle-t-on pas plutôt de gestion, de management, ou de logistique? Mais ce problème n'est pas nouveau et existe un peu partout dans le monde. La situation me semble par contre plus préoccupante dans le milieu académique. Les jeunes chercheurs prometteurs qui se lancent dans une carrière universitaire effectuent généralement un post-doc hors de nos frontières pour élargir leur horizon scientifique. Certains se voient rapidement offrir des postes intéressants dans des universités étrangères. On ne peut que les en féliciter. D'autres, par contre, tentent de revenir en Suisse et déchantent très vite en constatant que nos Hautes Écoles n'ont pas grand chose à leur offrir. Cette situation ne peut que décourager nos jeunes chercheurs qui désirent œuvrer pour la RO dans le milieu universitaire suisse. Force est de constater que la majorité des docteurs que nous formons et qui ne désirent pas faire carrière hors de la Suisse, se tournent immédiatement vers l'industrie. Ils font simplement preuve de lucidité face à un horizon académique bouché.

Ce virage perceptible me préoccupe et me pousse à penser que la RO subit une profonde mutation dans notre pays. Si nous ne réagissons pas rapidement, nous n'aurons bientôt plus assez d'enseignants capables d'inoculer le virus de la RO à nos jeunes étudiants. De plus, nos universitaires actifs en RO constituent la vitrine dans laquelle nous exposons nos réalisations sur un plan international. Il est important que cette vitrine soit attrayante. Pour terminer cet éditorial sur une touche plus optimiste, je tiens à préciser que je reste convaincu que vous aurez tous à cœur, durant les 20 prochaines années, de continuer à façonner une image rayonnante de la RO en Suisse.

Bonne fête à tous et longue vie à notre Association!

Alain Hertz, Président de l'ASRO/SVOR
alain.hertz@epfl.ch


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